Willkommen!

Die Plattform für eine sozial nachhaltige Landwirtschaft hat sich zum Ziel gesetzt, für alle Personen welche in der Nahrungsmittelkette arbeiten, vom Felde des Produzenten bis hin zum Teller des Konsumenten, ausgeglichene Arbeitsbedingungen zu erzielen.

Mit der Unterstützung der Stadt Genf und Republik und Kanton Genf

Lesen Sie die Präsentation oder kontaktieren Sie uns direkt! icon Infoflyer 2013

 

Coop manigance en coulisse

Le Courrier, jeudi 18 juin 2020, Frédéric Deshusses

Carnets paysans

Qui connaît la société Markant Syntrade AG basée à Pfäffikon (Schwytz)? Pas grand monde sans doute. Cette entreprise schwytzoise est la filiale du groupe allemand Markant, un acteur important de l’approvisionnement du commerce de détail. Il ne possède cependant pas de magasin. Comme l’établit son slogan «Der verlässlicher Partner im Hintergrund» (à peu près: «Partenaire de confiance à l’arrière-plan»), il agit en coulisses. Markant est une centrale d’achats. Il a pour fonction de centraliser les achats des grands distributeurs et de négocier les prix avec les fournisseurs.

Dans le monde merveilleux de la grande distribution, plus on est gros, plus on peut réduire les prix d’achats et donc augmenter sa marge. Une entreprise internationale comme Markant a donc toutes les chances de fournir ses clients à des prix qu’ils ne parviendraient pas à obtenir eux-mêmes. En 1989, la filiale suisse de Markant a fondé, avec notamment le groupe français Edouard Leclerc, une centrale d’achats européenne – European Marketing Distribution (EMD) – qui compte aujourd’hui quinze membres totalisant 150 000 points de vente sur l’ensemble du continent. EMD comptabilisait un chiffre d’affaires de 130 milliards d’euros en 2012.

Les centrales d’achats comme EMD ou Markant ont une importance capitale dans la définition des prix agricoles et des standards de production. Le processus de concentration du secteur, qui a démarré dans les années 1990, a beaucoup pesé dans la diminution générale des prix à la production et dans la précarisation de certaines filières, comme la production laitière par exemple. En France, il y a dix ans, seules cinq centrales d’achats se partageaient 80% du marché de la grande distribution. Face à cette situation de quasi-monopole, les coopératives de production ont suivi le même chemin vers la concentration.1Il fallait non seulement retrouver une certaine force de négociation, mais encore être en mesure de fournir les volumes demandés par des acteurs qui approvisionnent l’ensemble du ­continent.

En Suisse, Markant compte parmi ses clients des enseignes comme Manor, Loeb, Pistor ou encore Landi2. Les deux géants orangeâtres disposent de leurs propres services d’achats, leur poids propre étant suffisant pour exercer une pression constante sur les fournisseurs. Pourtant, Coop a annoncé récemment une collaboration avec la filiale suisse de Markant. Non en tant que centrale d’achats, mais comme gestionnaire de la facturation. Ainsi, les fournisseurs de Coop devront désormais adresser leurs factures à Markant. A l’occasion de ce changement, profitant sans vergogne de sa position dominante, Coop impose une forme de taxe à ses fournisseurs qui devront prendre en charge les frais de facturation à hauteur de 1 à 4% des montants ­facturés.

Si ce procédé fait réagir certains fournisseurs de Coop (Agri, 5 juin 2020), le partenariat avec Markant est inquiétant pour une autre raison. Coop aurait très bien pu externaliser sa facturation auprès de n’importe quel autre prestataire. Si Markant a été retenu, c’est que des partenariats vont suivre dans d’autres domaines. Coop s’intégrera-t-elle à la centrale d’achats européenne EMD? La filiale suisse de Markant sera-t-elle absorbée dans l’empire orange? Impossible de le savoir.

Ce qui est sûr, c’est que Markant, on l’a vu, compte parmi ses clients la presque totalité des détaillants suisses à l’exception de Coop et Migros. Le partenariat avec Coop, quelle que soit la manœuvre à moyen terme qu’il annonce, est donc une nouvelle étape majeure de la concentration d’un secteur économique déjà formidablement concentré. La Commission fédérale de la concurrence a été saisie, mais l’expérience montre3 que dans le secteur de l’agro-alimentaire le marché est concentré à un point tel que plus aucune action sérieuse de régulation n’est envisageable.

Notes

1.

Valérie Barraud-Didier, Marie-Christine Henninger et Guilhem Anzalone, «La distanciation de la relation adhérent-coopérative en France», Etudes rurales, 190, 2012, 119-130.

2.

Sur Landi et Fenaco, la coopérative à laquelle il est adossé, lire ma chronique «Comme la corde soutient le pendu», du 23 avril 2020.

3.

Par exemple: Willy Boder, «Le géant agricole Fenaco est dans le collimateur de la Comco», Le Temps, 17 novembre 2007.

Notre chroniqueur est observateur du monde agricole.

 

Landarbeiter und Landarbeiterinnen in Not

 

couv-4statg-2-1.jpg

 

VERGLEICHENDE STUDIE VON 9 SCHWEIZER KANTONEN (2000-2018)

Plattform für eine sozial nachhaltige Landwirtschaft

Gilles Bourquin & Jan Chiarelli, Historiker

und eine sehr schöne Einleitung von Anne-Catherine Menétrey-Savary, ehemalige Nationalrätin

icon Etude/Studie

icon Umschlag Studie

 

Covid-19, Italie

11.06.2020 - Dominique Dunglas, Envoyé spécial à Sabaudia

 

Italie et travail clandestin

 

Sur les terres de la mozarella, le drame des ouvriers agricoles surexploités


Reportage dans l’Agro pontino, où les «braccianti», travailleurs immigrés employés dans la production laitière et les champs, sont réduits à un état proche de l’esclavage.

–––––––––––––––––

Les carabiniers ont retrouvé Gill Singh pratiquement inanimé dans un fossé non loin de Sabaudia, élégante station balnéaire de l’Agro pontino, à une centaine de km au sud de Rome, le 22 mars dernier. Blessé à la tête et présentant plusieurs fractures, l’Indien de religion sikh a raconté dans son italien maladroit que c’était son employeur qui l’avait réduit ainsi. «J’ai demandé un masque et des gants pour continuer à charger et décharger les cageots de fruits pendant l’épidémie de Codiv-19. Le patron m’a dit: puisque c’est comme ça, je te licencie. Quand je lui ai demandé de me payer les jours travaillés, il a commencé à me tabasser.»


«Quand je lui ai demandé de me payer les jours travaillés, il a commencé à me tabasser»

Gill Singh est l’un des 30’000 Sikhs travaillant comme ouvrier agricole à la journée, «bracciante» selon la terminologie italienne, dans ce potager de l’Europe. Le marché de gros de Fondi est en effet le second d’Europe et les légumes, fruits, fleurs ou produits laitiers, comme les fameuses mozzarelles de buffle, de l’Agro pontino finissent sur les tables suisses, françaises ou allemandes. Parfois au prix de la mort des braccianti Sikhs réduits à un état proche de l’esclavage.

Un turban entre le bleu et le violet sur la tête, une barbe longue et lisse savamment retenue sous le menton par un élastique, le regard fier et rieur à la fois, l’accent chantant du Pendjab: Arpajan semble sorti d’un roman de Rudyard Kipling. Mais cet ancien de la communauté sikh arrivé en Italie en 2003 et qui a osé briser l’omerta entourant le sort des braccianti indiens n’est pas aujourd’hui d’humeur à rire.


Le rêve tourne au cauchemar

Samedi dernier, Joldan Singh, l’un d’entre eux, s’est suicidé à 24 ans. Les parents et amis de Joldan sont réunis à Bella Fernia Mar, un ensemble touristique aujourd’hui proche de l’abandon où les immigrés louent un lit pour 300 ou 400 € par mois. De leur récit, Arpajan raconte le destin de Jolban. «Il était arrivé du Pendjab en Italie il y a plusieurs années. Il avait payé 8000 € à une organisation de trafiquants d’êtres humains pour le voyage et un permis de séjour provisoire. Toute sa famille s’était endettée pour financer ce voyage vers l’Europe. Mais son rêve a tourné au cauchemar. Il trouvé un travail à 500 € par mois mais ces revenus ne lui permettaient pas d’avoir un permis de travail (ndlr: la loi italienne exige un revenu de 9000 € par an pour délivrer un permis de travail), et depuis neuf mois il était devenu clandestin. La pandémie lui a retiré son dernier travail au noir. Il n’a pas voulu revenir au pays comme un perdant.» Jolban a préféré se pendre entre les plâtres délabrés de l’escalier du Bella Fernia Mar. C’est le treizième suicide de bracciante sikh dans l’Agro pontino depuis trois ans…

«Une fois l’immigré devenu illégal et alors qu’il ne parle pas l’italien, ils peuvent ainsi baisser son salaire de 5 € l’heure à 1,5 €. Ils préfèrent les illégaux qui sont sans défense, corvéables à souhait et plus soumis» - Marco Omizzolo, sociologue à l’institut de recherche Eurispes


Sociologue à l’institut de recherche Eurispes qui s’est enrôlé comme bracciante pour pénétrer les rouages de cet esclavagisme moderne, auteur de «Sotto padrone», ouvrage de référence sur le thème, plusieurs fois intimidé par la mafia et désormais protégé par la police, Marco Omizzolo est le défenseur des immigrés sikhs. «Il faut distinguer les entrepreneurs honnêtes, il y en a, des «patrons», dit-il. Les patrons ne déclarent pas toutes les heures travaillées pour frauder les charges sociales et empêchent les ouvriers de conserver leur permis de séjour. Une fois l’immigré devenu illégal et alors qu’il ne parle pas l’italien, ils peuvent ainsi baisser son salaire de 5 € l’heure à 1,5 €. Ils préfèrent les illégaux qui sont sans défense, corvéables à souhait et plus soumis.»


Nourri de déchets

Sans défense, comme l’était Kuldip. Lorsque la police l’a découvert en 2017, il vivait emprisonné depuis huit ans dans une roulotte de 4 mètres sur 2. Son patron, qui lui avait confisqué son passeport, ne le libérait que pour le faire travailler quatorze heures par jour, 365 jours par an. Il le nourrissait de déchets et Kuldip partageait l’eau des buffles dont il s’occupait pour la production de mozzarelles. Le procès du patron de Kuldip est en cours.

Des conditions de travail que certains braccianti ne supportent que grâce aux drogues. L’opium de très basse qualité, ce qu’il reste des graines de pavot après l’extraction de l’héroïne, et la méthamphétamine circulent désormais dans la communauté sikh malgré les règles très strictes de sa religion. «Ces drogues addictives ne font pas «planer» mais aident à supporter les journées de travail sans fin et plié en deux pour la récolte des légumes, le mal au dos, le froid de l’hiver ou la chaleur de l’été, le désespoir, affirme Marco Omizzolo. Et elles ne rentrent pas dans les exploitations sans l’accord du patron.»

Dégoûté par cette évocation, Arpajan lève les yeux au ciel. Mais il a gardé une bonne nouvelle pour la fin: «Les Indiens ont compris: l’Italie n’est pas un bon pays pour travailler. Mes frères sont de moins en moins nombreux à venir.»

 

Covid-19, Espagne, Maroc

Le coût amer des fruits : la galère des ouvrières au Maroc et en Espagne face au Covid-19

10 juin 2020Chadia Arab, Géographe, chargée de recherche au CNRS, UMR ESO, Université d'Angers

Zhour Bouzidi, Enseignante chercheure en sociologie, University Moulay Ismail Meknes

La crise économique et sanitaire qui frappe l’Europe aujourd’hui a mis en lumière l’importance de la main-d’œuvre étrangère qui est au centre des circuits alimentaires aujourd’hui mondialisés. En France, le gouvernement a appelé les personnes au chômage à prendre part à l’effort agricole pour répondre à la pénurie de main-d’œuvre due à la crise, au travers de la plate-forme « des bras pour ton assiette ».

––––––––––––––––

 

Cette initiative rappelle qu’en temps ordinaire, la plupart des travaux agricoles sont rendus par des saisonniers d’origine étrangère, des travailleurs essentiels, qui restent pourtant invisibilisés. Malgré la crise, ces derniers ont été particulièrement sollicités. Ainsi, en Angleterre, ce sont près de 200 Roumains qui ont été convoqués et transportés par charter pour travailler dans les champs où plus de 90 % des travailleurs sont d’origine étrangère. En Italie, deux voyages aériens ont été organisés les 19 et 20 mai pour faire venir 248 ouvriers saisonniers marocains sollicités par des entreprises agricoles italiennes entre L’Aquila et Vincence.

Nos enquêtes menées dans la province de Huelva, au sud-ouest de l’Espagne, montrent que les fraises sont perçues comme une manne financière surnommée « l’or rouge », s’inscrivant dans cette mondialisation de l’économie. Parmi ces saisonnier·e·s, nombreuses sont les ouvrières agricoles d’origine marocaine. Leur activité témoigne plus généralement de l’invisibilité et de la précarité qui touchent en particulier les femmes saisonnières. Leur situation face à la crise du Covid-19 nous interpelle fortement.

Au Maroc, où nous avons également travaillé, l’état d’urgence a été annoncé dès le 20 mars, incluant un confinement strict, un couvre-feu de 19h à 5h du matin et la suspension des vols internationaux, déjà à l’arrêt depuis le 13 mars. Les effets et les mesures imposées par le contexte pandémique ainsi que la crise économique qui en découle ont également touché les travailleuses et les travailleurs agricoles au Maroc, catégorie sévèrement affectée par la raréfaction de l’offre d’emploi.



De la double à la triple peine : pauvres, femmes et parfois migrantes

Il s’agit très souvent, à la base, de femmes pauvres et précaires, qui sont dans l’obligation de travailler pour subvenir aux besoins de leur famille. Nos enquêtes sur les saisonnières marocaines en Espagne et les ouvrières agricoles dans les régions du Gharb et de Fès-Meknès au Maroc ont montré qu’elles sont originaires de milieux modestes. Souvent analphabètes, peu scolarisées, beaucoup d’entre elles sont aussi dans des situations familiales complexes avec des enfants à charge (veuves, divorcées et parfois mères célibataires).

Les dames de fraises de Huelva sont recrutées directement au Maroc (via le ministère de l’Emploi et l’Agence nationale de promotion de l’emploi et des compétences, ANAPEC), après les remontées en besoin de main-d’œuvre par les employeurs agricoles en Espagne.

Les entretiens de terrain ont révélé que trois critères sont retenus : être une femme entre 25 et 40 ans, mère (elles doivent avoir au moins un enfant de moins de 18 ans, pour être sûr qu’elles rentrent chez elles au Maroc et lutter contre la migration clandestine), avoir une expérience agricole, être précaire.



L’un des responsables de l’ANAPEC explique ainsi :

« Plus les critères s’accumulent, mieux c’est. Par exemple, on préfère une femme avec trois enfants à une femme avec un enfant. Il y a aussi des doubles critères : enfants de moins de 14 ans car à partir de 15 ans l’enfant peut travailler. On prend en priorité les régions sinistrées : on choisit selon la carte de la pauvreté. Mais ce sont les gouverneurs qui ont le dernier mot. C’est le gouverneur qui choisit les communes. »
Des choix qui s’inscrivent dans une politique migratoire européenne sécuritaire

Ces choix discriminants se rattachent à deux programmes financés par l’Union européenne via des subventions adressées aux pays tiers afin d’assurer une meilleure gestion des flux migratoires. Entre 2007 et 2011, l’un sur « la gestion éthique de l’immigration saisonnière », puis sur le « Système pour la mobilité des flux migratoires des travailleurs dans la province de Huelva ». Cette migration circulaire s’est depuis poursuivie chaque année, avec ces mêmes conditions, avec des chiffres qui oscillent entre 2 500 Marocaines pendant les années de crise, à 19 000 en 2019. La situation socio-économique de ces femmes motive leur aspiration à changer leur destin en s’orientant vers la migration saisonnière en Europe.

Au Maroc, à l’exception des ouvrier·e·s travaillant dans des grands domaines agricoles modernes et capitalistes, la majorité d’entre elles et eux ne sont pas déclarés et n’ont pas accès aux droits sociaux les plus élémentaires (protection sociale, retraite, assurance maladie, accompagnement en cas d’accidents, etc.).

Cette catégorie sociale marginale est pourtant centrale dans la production agricole, dans l’approvisionnement alimentaire du pays voire parfois dans les systèmes de production capitalistes, mondialisés et peu respectueux de l’environnement. Cette précarisation s’accentue visiblement quand il s’agit des femmes ouvrières.



Des violences physiques et symboliques fréquentes

Le choix du recrutement de ces femmes s’appuie sur leur docilité, leur patience et un salaire journalier entre 6 et 10 euros la journée (pour les dames de fraises, il est d’environ 37 euros par jour), très souvent moins élevé que celui des hommes. Ce revenu maigre et irrégulier s’apparente à un salaire de survie. En effet, des familles entières et parfois nombreuses attendent ce gagne-pain de l’ouvrière.

Le transport au Maroc est peu sécurisé, surchargé, en mauvais état mécanique et du coup dangereux pour se rendre au travail, avec des accidents graves et parfois mortels pendant le trajet. De plus, ces femmes sont plus sujettes que les hommes à l’exploitation et aux violences de manière générale. Violence économique certes, mais d’autres formes de violence s’ajoutent. Celles des violences sexuelles ne sont pas négligeables, que ce soit au Maroc ou en Espagne. Ainsi, dès 2010, des journalistes d’El Pais avaient révélé le harcèlement sexuel dont sont victimes ces femmes dans la région de Huelva.

Ces ouvrières se voyaient parfois contraintes d’accepter des rapports sexuels contre le travail et la rémunération.
Depuis ces enquêtes, les faits de harcèlement sexuel perdurent.

Peu organisées et peu syndiquées, les femmes ont peur de contester ou de se structurer pour organiser la résistance. Celles qui ont eu le courage de porter plainte en 2018 contre leur employeur pour agressions sexuelles et harcèlement au travail ont subi une double peine : la stigmatisation et l’exclusion de leur milieu social au Maroc, sans pour autant avoir accès à une régularisation en Espagne selon les déclarations de nos enquêtées.



Pourquoi tout risquer ?

Au Maroc, l’offre de l’emploi agricole se raréfie, à cause de la sécheresse, particulièrement importante en cette année 2020, aggravée par les mesures de confinement liées à la pandémie, astreignant ainsi les ouvrier·e·s à explorer leurs réseaux de travail et de connaissances dans l’espoir de décrocher une journée de travail de plus en plus rare et inaccessible.

D’ordinaire, les ouvrier·e·s journalier·e·s arrivent très tôt le matin au mouquef, lieu d’attente et de rassemblement de la main-d’œuvre dans l’espoir d’être choisis par un employeur. En contexte de pandémie, cet espace est désormais contrôlé par les gendarmes et les autorités publiques. De plus, des restrictions ont été mises en œuvre pour contrôler les véhicules agricoles habituellement surchargés.

En conséquence, des mesures restrictives et donc de la raréfaction de l’emploi, les salaires des journalier·e·s précaires ont encore baissé pendant la pandémie passant d’environ 100 dirhams (environ 9 euros) pour certaines tâches agricoles à 70 dirhams (environ 6 euros 50). Certaines d’entre elles vivent des aides octroyées par l’État marocain dans le cadre du fonds de solidarité Covid-19 qui varient entre 800 dirhams (73 euros) pour une famille de deux membres et 1200 dirhams (109 euros) pour une famille de plus de quatre membres.

D’autres ouvrières tâchent difficilement d’investir de nouvelles activités pour nourrir leur famille et subvenir à leurs besoins quotidiens : vente de produits de nettoyage, de pain et galettes en période de ramadan, etc. Certaines, dont les difficultés financières se sont aggravées, ont rejoint leur famille dans leur région d’origine pour solliciter la solidarité familiale pour survivre dans ces moments de crise.



Quel futur pour ces ouvrières ?

En Espagne, la situation est différente. L’année dernière, près de 20 000 "dames de fraises" ont participé à la récolte dans la province de Huelva. Pour la saison actuelle, seules 7 000 parmi les 16 600 qui ont obtenu des contrats temporaires sont présentes dans la province de Huelva. Les autres n’ont pas pu regagner les exploitations de fraises espagnoles à cause de l’arrêt des transports internationaux.

Du fait de la pénurie de main-d’œuvre agricole en Europe, ces 7 000 saisonnières travaillent aujourd’hui « d’arrache-main » dans les champs de fraises. Leur contrat risque d’être prolongé pour combler les lacunes en matière de main-d’œuvre agricole en Espagne. Jusqu’à présent, les employeurs ont encouragé les femmes à cueillir les fraises sans protection pour ne pas fragiliser ce fruit délicat, au risque d’abîmer leurs mains et leur santé. Aujourd’hui, face au contexte de crise sanitaire, on peut s’interroger sur la question de la distanciation physique dans des serres où la chaleur est forte, mais aussi sur la promiscuité importante, sur les conditions de transport et sur le respect des gestes barrières tels que le port du masque et des gants.

Au Maroc par exemple, un cluster de contamination de 17 ouvrières dans les exploitations de production de fraises a été identifié le 8 juin dans la province de Kénitra.

Dans quelques mois, quelle sera la possibilité de retour de ces femmes chez elles ? Le Maroc n’a jusqu’ici pas repris les vols internationaux et les liaisons maritimes. Qu’en sera-t-il du statut de ces femmes, une fois leur contrat périmé ? Quelle priorité leur sera accordée parmi les milliers de Marocain·e·s bloqué·e·s à l’étranger ? L’union des petits agriculteurs et éleveurs de Huelva (UPA) propose de mettre en place un couloir humanitaire afin que ces femmes puissent rentrer chez elles à l’image du rapatriement réussi des ouvrières roumaines et bulgares.

Celui-ci paraît d’autant plus nécessaire que certaines de ces femmes ont laissé derrière elles des enfants parfois sans tuteur, sans moyens économiques suffisants et exposés en plus de la crise sanitaire à la lourde crise socio-économique qui se profile au Maroc.

Face à cette crise sanitaire et humanitaire, quelles sont les dispositions pour venir en aide à ces femmes oubliées ? En filigrane se pose la question du goût amer de ce coût du travail, de cette crise, du coût de la vie, voire de la survie de ces femmes.

 

«Anfang 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Ende»
Ergebnisse 1 - 9 von 106
News