Covid-19, Italie

11.06.2020 - Dominique Dunglas, Envoyé spécial à Sabaudia

 

Italie et travail clandestin

 

Sur les terres de la mozarella, le drame des ouvriers agricoles surexploités


Reportage dans l’Agro pontino, où les «braccianti», travailleurs immigrés employés dans la production laitière et les champs, sont réduits à un état proche de l’esclavage.

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Les carabiniers ont retrouvé Gill Singh pratiquement inanimé dans un fossé non loin de Sabaudia, élégante station balnéaire de l’Agro pontino, à une centaine de km au sud de Rome, le 22 mars dernier. Blessé à la tête et présentant plusieurs fractures, l’Indien de religion sikh a raconté dans son italien maladroit que c’était son employeur qui l’avait réduit ainsi. «J’ai demandé un masque et des gants pour continuer à charger et décharger les cageots de fruits pendant l’épidémie de Codiv-19. Le patron m’a dit: puisque c’est comme ça, je te licencie. Quand je lui ai demandé de me payer les jours travaillés, il a commencé à me tabasser.»


«Quand je lui ai demandé de me payer les jours travaillés, il a commencé à me tabasser»

Gill Singh est l’un des 30’000 Sikhs travaillant comme ouvrier agricole à la journée, «bracciante» selon la terminologie italienne, dans ce potager de l’Europe. Le marché de gros de Fondi est en effet le second d’Europe et les légumes, fruits, fleurs ou produits laitiers, comme les fameuses mozzarelles de buffle, de l’Agro pontino finissent sur les tables suisses, françaises ou allemandes. Parfois au prix de la mort des braccianti Sikhs réduits à un état proche de l’esclavage.

Un turban entre le bleu et le violet sur la tête, une barbe longue et lisse savamment retenue sous le menton par un élastique, le regard fier et rieur à la fois, l’accent chantant du Pendjab: Arpajan semble sorti d’un roman de Rudyard Kipling. Mais cet ancien de la communauté sikh arrivé en Italie en 2003 et qui a osé briser l’omerta entourant le sort des braccianti indiens n’est pas aujourd’hui d’humeur à rire.


Le rêve tourne au cauchemar

Samedi dernier, Joldan Singh, l’un d’entre eux, s’est suicidé à 24 ans. Les parents et amis de Joldan sont réunis à Bella Fernia Mar, un ensemble touristique aujourd’hui proche de l’abandon où les immigrés louent un lit pour 300 ou 400 € par mois. De leur récit, Arpajan raconte le destin de Jolban. «Il était arrivé du Pendjab en Italie il y a plusieurs années. Il avait payé 8000 € à une organisation de trafiquants d’êtres humains pour le voyage et un permis de séjour provisoire. Toute sa famille s’était endettée pour financer ce voyage vers l’Europe. Mais son rêve a tourné au cauchemar. Il trouvé un travail à 500 € par mois mais ces revenus ne lui permettaient pas d’avoir un permis de travail (ndlr: la loi italienne exige un revenu de 9000 € par an pour délivrer un permis de travail), et depuis neuf mois il était devenu clandestin. La pandémie lui a retiré son dernier travail au noir. Il n’a pas voulu revenir au pays comme un perdant.» Jolban a préféré se pendre entre les plâtres délabrés de l’escalier du Bella Fernia Mar. C’est le treizième suicide de bracciante sikh dans l’Agro pontino depuis trois ans…

«Une fois l’immigré devenu illégal et alors qu’il ne parle pas l’italien, ils peuvent ainsi baisser son salaire de 5 € l’heure à 1,5 €. Ils préfèrent les illégaux qui sont sans défense, corvéables à souhait et plus soumis» - Marco Omizzolo, sociologue à l’institut de recherche Eurispes


Sociologue à l’institut de recherche Eurispes qui s’est enrôlé comme bracciante pour pénétrer les rouages de cet esclavagisme moderne, auteur de «Sotto padrone», ouvrage de référence sur le thème, plusieurs fois intimidé par la mafia et désormais protégé par la police, Marco Omizzolo est le défenseur des immigrés sikhs. «Il faut distinguer les entrepreneurs honnêtes, il y en a, des «patrons», dit-il. Les patrons ne déclarent pas toutes les heures travaillées pour frauder les charges sociales et empêchent les ouvriers de conserver leur permis de séjour. Une fois l’immigré devenu illégal et alors qu’il ne parle pas l’italien, ils peuvent ainsi baisser son salaire de 5 € l’heure à 1,5 €. Ils préfèrent les illégaux qui sont sans défense, corvéables à souhait et plus soumis.»


Nourri de déchets

Sans défense, comme l’était Kuldip. Lorsque la police l’a découvert en 2017, il vivait emprisonné depuis huit ans dans une roulotte de 4 mètres sur 2. Son patron, qui lui avait confisqué son passeport, ne le libérait que pour le faire travailler quatorze heures par jour, 365 jours par an. Il le nourrissait de déchets et Kuldip partageait l’eau des buffles dont il s’occupait pour la production de mozzarelles. Le procès du patron de Kuldip est en cours.

Des conditions de travail que certains braccianti ne supportent que grâce aux drogues. L’opium de très basse qualité, ce qu’il reste des graines de pavot après l’extraction de l’héroïne, et la méthamphétamine circulent désormais dans la communauté sikh malgré les règles très strictes de sa religion. «Ces drogues addictives ne font pas «planer» mais aident à supporter les journées de travail sans fin et plié en deux pour la récolte des légumes, le mal au dos, le froid de l’hiver ou la chaleur de l’été, le désespoir, affirme Marco Omizzolo. Et elles ne rentrent pas dans les exploitations sans l’accord du patron.»

Dégoûté par cette évocation, Arpajan lève les yeux au ciel. Mais il a gardé une bonne nouvelle pour la fin: «Les Indiens ont compris: l’Italie n’est pas un bon pays pour travailler. Mes frères sont de moins en moins nombreux à venir.»

 

Covid-19, Espagne, Maroc

Le coût amer des fruits : la galère des ouvrières au Maroc et en Espagne face au Covid-19

10 juin 2020Chadia Arab, Géographe, chargée de recherche au CNRS, UMR ESO, Université d'Angers

Zhour Bouzidi, Enseignante chercheure en sociologie, University Moulay Ismail Meknes

La crise économique et sanitaire qui frappe l’Europe aujourd’hui a mis en lumière l’importance de la main-d’œuvre étrangère qui est au centre des circuits alimentaires aujourd’hui mondialisés. En France, le gouvernement a appelé les personnes au chômage à prendre part à l’effort agricole pour répondre à la pénurie de main-d’œuvre due à la crise, au travers de la plate-forme « des bras pour ton assiette ».

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Cette initiative rappelle qu’en temps ordinaire, la plupart des travaux agricoles sont rendus par des saisonniers d’origine étrangère, des travailleurs essentiels, qui restent pourtant invisibilisés. Malgré la crise, ces derniers ont été particulièrement sollicités. Ainsi, en Angleterre, ce sont près de 200 Roumains qui ont été convoqués et transportés par charter pour travailler dans les champs où plus de 90 % des travailleurs sont d’origine étrangère. En Italie, deux voyages aériens ont été organisés les 19 et 20 mai pour faire venir 248 ouvriers saisonniers marocains sollicités par des entreprises agricoles italiennes entre L’Aquila et Vincence.

Nos enquêtes menées dans la province de Huelva, au sud-ouest de l’Espagne, montrent que les fraises sont perçues comme une manne financière surnommée « l’or rouge », s’inscrivant dans cette mondialisation de l’économie. Parmi ces saisonnier·e·s, nombreuses sont les ouvrières agricoles d’origine marocaine. Leur activité témoigne plus généralement de l’invisibilité et de la précarité qui touchent en particulier les femmes saisonnières. Leur situation face à la crise du Covid-19 nous interpelle fortement.

Au Maroc, où nous avons également travaillé, l’état d’urgence a été annoncé dès le 20 mars, incluant un confinement strict, un couvre-feu de 19h à 5h du matin et la suspension des vols internationaux, déjà à l’arrêt depuis le 13 mars. Les effets et les mesures imposées par le contexte pandémique ainsi que la crise économique qui en découle ont également touché les travailleuses et les travailleurs agricoles au Maroc, catégorie sévèrement affectée par la raréfaction de l’offre d’emploi.



De la double à la triple peine : pauvres, femmes et parfois migrantes

Il s’agit très souvent, à la base, de femmes pauvres et précaires, qui sont dans l’obligation de travailler pour subvenir aux besoins de leur famille. Nos enquêtes sur les saisonnières marocaines en Espagne et les ouvrières agricoles dans les régions du Gharb et de Fès-Meknès au Maroc ont montré qu’elles sont originaires de milieux modestes. Souvent analphabètes, peu scolarisées, beaucoup d’entre elles sont aussi dans des situations familiales complexes avec des enfants à charge (veuves, divorcées et parfois mères célibataires).

Les dames de fraises de Huelva sont recrutées directement au Maroc (via le ministère de l’Emploi et l’Agence nationale de promotion de l’emploi et des compétences, ANAPEC), après les remontées en besoin de main-d’œuvre par les employeurs agricoles en Espagne.

Les entretiens de terrain ont révélé que trois critères sont retenus : être une femme entre 25 et 40 ans, mère (elles doivent avoir au moins un enfant de moins de 18 ans, pour être sûr qu’elles rentrent chez elles au Maroc et lutter contre la migration clandestine), avoir une expérience agricole, être précaire.



L’un des responsables de l’ANAPEC explique ainsi :

« Plus les critères s’accumulent, mieux c’est. Par exemple, on préfère une femme avec trois enfants à une femme avec un enfant. Il y a aussi des doubles critères : enfants de moins de 14 ans car à partir de 15 ans l’enfant peut travailler. On prend en priorité les régions sinistrées : on choisit selon la carte de la pauvreté. Mais ce sont les gouverneurs qui ont le dernier mot. C’est le gouverneur qui choisit les communes. »
Des choix qui s’inscrivent dans une politique migratoire européenne sécuritaire

Ces choix discriminants se rattachent à deux programmes financés par l’Union européenne via des subventions adressées aux pays tiers afin d’assurer une meilleure gestion des flux migratoires. Entre 2007 et 2011, l’un sur « la gestion éthique de l’immigration saisonnière », puis sur le « Système pour la mobilité des flux migratoires des travailleurs dans la province de Huelva ». Cette migration circulaire s’est depuis poursuivie chaque année, avec ces mêmes conditions, avec des chiffres qui oscillent entre 2 500 Marocaines pendant les années de crise, à 19 000 en 2019. La situation socio-économique de ces femmes motive leur aspiration à changer leur destin en s’orientant vers la migration saisonnière en Europe.

Au Maroc, à l’exception des ouvrier·e·s travaillant dans des grands domaines agricoles modernes et capitalistes, la majorité d’entre elles et eux ne sont pas déclarés et n’ont pas accès aux droits sociaux les plus élémentaires (protection sociale, retraite, assurance maladie, accompagnement en cas d’accidents, etc.).

Cette catégorie sociale marginale est pourtant centrale dans la production agricole, dans l’approvisionnement alimentaire du pays voire parfois dans les systèmes de production capitalistes, mondialisés et peu respectueux de l’environnement. Cette précarisation s’accentue visiblement quand il s’agit des femmes ouvrières.



Des violences physiques et symboliques fréquentes

Le choix du recrutement de ces femmes s’appuie sur leur docilité, leur patience et un salaire journalier entre 6 et 10 euros la journée (pour les dames de fraises, il est d’environ 37 euros par jour), très souvent moins élevé que celui des hommes. Ce revenu maigre et irrégulier s’apparente à un salaire de survie. En effet, des familles entières et parfois nombreuses attendent ce gagne-pain de l’ouvrière.

Le transport au Maroc est peu sécurisé, surchargé, en mauvais état mécanique et du coup dangereux pour se rendre au travail, avec des accidents graves et parfois mortels pendant le trajet. De plus, ces femmes sont plus sujettes que les hommes à l’exploitation et aux violences de manière générale. Violence économique certes, mais d’autres formes de violence s’ajoutent. Celles des violences sexuelles ne sont pas négligeables, que ce soit au Maroc ou en Espagne. Ainsi, dès 2010, des journalistes d’El Pais avaient révélé le harcèlement sexuel dont sont victimes ces femmes dans la région de Huelva.

Ces ouvrières se voyaient parfois contraintes d’accepter des rapports sexuels contre le travail et la rémunération.
Depuis ces enquêtes, les faits de harcèlement sexuel perdurent.

Peu organisées et peu syndiquées, les femmes ont peur de contester ou de se structurer pour organiser la résistance. Celles qui ont eu le courage de porter plainte en 2018 contre leur employeur pour agressions sexuelles et harcèlement au travail ont subi une double peine : la stigmatisation et l’exclusion de leur milieu social au Maroc, sans pour autant avoir accès à une régularisation en Espagne selon les déclarations de nos enquêtées.



Pourquoi tout risquer ?

Au Maroc, l’offre de l’emploi agricole se raréfie, à cause de la sécheresse, particulièrement importante en cette année 2020, aggravée par les mesures de confinement liées à la pandémie, astreignant ainsi les ouvrier·e·s à explorer leurs réseaux de travail et de connaissances dans l’espoir de décrocher une journée de travail de plus en plus rare et inaccessible.

D’ordinaire, les ouvrier·e·s journalier·e·s arrivent très tôt le matin au mouquef, lieu d’attente et de rassemblement de la main-d’œuvre dans l’espoir d’être choisis par un employeur. En contexte de pandémie, cet espace est désormais contrôlé par les gendarmes et les autorités publiques. De plus, des restrictions ont été mises en œuvre pour contrôler les véhicules agricoles habituellement surchargés.

En conséquence, des mesures restrictives et donc de la raréfaction de l’emploi, les salaires des journalier·e·s précaires ont encore baissé pendant la pandémie passant d’environ 100 dirhams (environ 9 euros) pour certaines tâches agricoles à 70 dirhams (environ 6 euros 50). Certaines d’entre elles vivent des aides octroyées par l’État marocain dans le cadre du fonds de solidarité Covid-19 qui varient entre 800 dirhams (73 euros) pour une famille de deux membres et 1200 dirhams (109 euros) pour une famille de plus de quatre membres.

D’autres ouvrières tâchent difficilement d’investir de nouvelles activités pour nourrir leur famille et subvenir à leurs besoins quotidiens : vente de produits de nettoyage, de pain et galettes en période de ramadan, etc. Certaines, dont les difficultés financières se sont aggravées, ont rejoint leur famille dans leur région d’origine pour solliciter la solidarité familiale pour survivre dans ces moments de crise.



Quel futur pour ces ouvrières ?

En Espagne, la situation est différente. L’année dernière, près de 20 000 "dames de fraises" ont participé à la récolte dans la province de Huelva. Pour la saison actuelle, seules 7 000 parmi les 16 600 qui ont obtenu des contrats temporaires sont présentes dans la province de Huelva. Les autres n’ont pas pu regagner les exploitations de fraises espagnoles à cause de l’arrêt des transports internationaux.

Du fait de la pénurie de main-d’œuvre agricole en Europe, ces 7 000 saisonnières travaillent aujourd’hui « d’arrache-main » dans les champs de fraises. Leur contrat risque d’être prolongé pour combler les lacunes en matière de main-d’œuvre agricole en Espagne. Jusqu’à présent, les employeurs ont encouragé les femmes à cueillir les fraises sans protection pour ne pas fragiliser ce fruit délicat, au risque d’abîmer leurs mains et leur santé. Aujourd’hui, face au contexte de crise sanitaire, on peut s’interroger sur la question de la distanciation physique dans des serres où la chaleur est forte, mais aussi sur la promiscuité importante, sur les conditions de transport et sur le respect des gestes barrières tels que le port du masque et des gants.

Au Maroc par exemple, un cluster de contamination de 17 ouvrières dans les exploitations de production de fraises a été identifié le 8 juin dans la province de Kénitra.

Dans quelques mois, quelle sera la possibilité de retour de ces femmes chez elles ? Le Maroc n’a jusqu’ici pas repris les vols internationaux et les liaisons maritimes. Qu’en sera-t-il du statut de ces femmes, une fois leur contrat périmé ? Quelle priorité leur sera accordée parmi les milliers de Marocain·e·s bloqué·e·s à l’étranger ? L’union des petits agriculteurs et éleveurs de Huelva (UPA) propose de mettre en place un couloir humanitaire afin que ces femmes puissent rentrer chez elles à l’image du rapatriement réussi des ouvrières roumaines et bulgares.

Celui-ci paraît d’autant plus nécessaire que certaines de ces femmes ont laissé derrière elles des enfants parfois sans tuteur, sans moyens économiques suffisants et exposés en plus de la crise sanitaire à la lourde crise socio-économique qui se profile au Maroc.

Face à cette crise sanitaire et humanitaire, quelles sont les dispositions pour venir en aide à ces femmes oubliées ? En filigrane se pose la question du goût amer de ce coût du travail, de cette crise, du coût de la vie, voire de la survie de ces femmes.

 

Covid-19 France

10 juin 2020 - Antoine Pécoud, Professeur de sociologie, Université Sorbonne Paris Nord – USPC 

Agriculture : les migrants saisonniers récoltent ce qu le Covid-19 a semé

 

En France, on estime que dans le secteur agricole, 80 % de la main-d’œuvre est étrangère. Pour la période 2018-2019, cela représente 270 000 saisonniers, qui se concentrent dans les Bouches-du-Rhône, le Lot-et-Garonne, le Vaucluse et l’Hérault, et qui sont originaires du Maroc, de la Tunisie et de certains pays européens comme la Roumanie ou la Pologne.

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La fermeture des frontières engendrée par la crise sanitaire du Covid-19 a mis en évidence l’importance des migrations de travail saisonnières. Dans l’ensemble du monde occidental, les exploitants agricoles ont fait face à d’importants problèmes de main-d’œuvre, qui ont mis en péril non seulement leur propre santé financière, mais aussi l’approvisionnement des populations en produits agricoles. La réouverture progressive des frontières est l’occasion de revenir sur les enjeux d’ordinaire peu visibles que cette crise a soudainement révélés.

Les migrations saisonnières : une nécessité pour les agriculteurs en Europe

Premier constat, la main-d’œuvre est à certains égards une marchandise comme une autre. Dans une économie mondialisée, elle circule intensément d’un pays à un autre et doit faire preuve de la même rapidité et de la même flexibilité que celles qui caractérisent la mobilité des matières premières, des technologies ou des produits manufacturés. Pour reprendre un exemple fourni par l’OCDE, personne ne s’étonne qu’un smartphone soit assemblé en Chine avec une conception graphique en provenance des États-Unis, un code informatique élaboré en France, des puces électroniques venues de Singapour et des métaux extraits en Bolivie.

Alors que les besoins en main-d’œuvre sont importants pour les vendanges, certains migrants profitent d’un travail saisonnier où l’on embauche facilement. On estime que plus de 300 000 offres d’emploi ne sont pas pourvues en France, par manque de main-d’œuvre.
Toutes proportions gardées, les asperges ou les fraises requièrent également une logistique transnationale complexe. Des travailleurs de différentes régions du monde doivent être acheminés à temps pour la récolte, leurs papiers doivent être en règle pour qu’ils puissent franchir les frontières, ils doivent être logés et nourris, puis re-transportés dans leur pays d’origine – et tout cela de la manière la plus fluide possible, pour éviter tout surcoût.

Second constat, à l’heure où les États occidentaux, à l’instar de l’Allemagne ou du Royaume-Uni post-Brexit, réforment leurs politiques d’admission des étrangers pour attirer une immigration « choisie » et qualifiée dans le but de favoriser l’innovation et la croissance, la main-d’œuvre non qualifiée reste absolument essentielle – même dans les économies les plus avancées. Celle-ci demeure cependant largement invisible et, dans un contexte où l’immigration fait pourtant l’objet de débats vigoureux et souvent polémiques, semble passer complètement sous les radars.

La réalité des emplois saisonniers pour les étrangers

Troisième constat, si l’on ne débat pas directement de l’immigration saisonnière dans l’agriculture, cette dernière est pourtant le reflet de transformations devenues aujourd’hui sensibles et contestées. À titre d’exemple, le besoin de main-d’œuvre est d’autant plus important que les pratiques agricoles sont intensives et spécialisées. En retour, la disponibilité d’une main-d’œuvre étrangère et bon marché constitue une incitation à intensifier encore la production.

L’agriculture a de tout temps été une activité saisonnière et requiert donc logiquement une main-d’œuvre mobile et flexible en fonction des saisons. Mais cette logique en apparence naturelle est largement amplifiée par des stratégies destinées à accroître la productivité agricole, lesquelles sont de plus en plus contestées – qu’il s’agisse de leurs effets en termes de santé, de l’usage de pesticides, ou des conséquences en termes de « malbouffe » et d’hygiène alimentaire.

Si le recrutement et les contrats des ouvriers non européens sont en principe contrôlés par l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), l’emploi non déclaré est également fréquent, de même que les violations du droit du travail : heures supplémentaires non rémunérées, normes sanitaires non respectées, etc. Beaucoup de saisonniers reviennent chaque année et sont donc tributaires du bon-vouloir des employeurs de les réengager – une situation évidemment propice aux abus.

On conçoit donc que la fermeture des frontières ait profondément ébranlé ce modèle, surtout que l’épidémie de Covid-19 a sévi entre mars et mai 2020, soit lors d’une période de récolte. En Europe, les États ont rapidement pris la mesure du problème et ont élaboré des stratégies globalement assez convergentes.

Quelles solutions pour les travailleurs saisonniers en temps de Covid-19 ?

Une première stratégie consiste à déroger à la fermeture des frontières et à autoriser la mobilité des saisonniers. La Commission européenne a ainsi recommandé de considérer cette main-d’œuvre comme des « travailleurs exerçant des professions critiques », ce qui autorise leur libre circulation au sein de l’UE.

C’est ainsi qu’en Grande-Bretagne et en Allemagne, le contrôle des frontières a été assoupli pour permettre à des travailleurs roumains de venir travailler. À mesure que les frontières ouvrent à nouveau, la mobilité des saisonniers européens va donc s’intensifier, même si elle soulève des risques sanitaires, qui sont encore accrus par les conditions de vie des saisonniers, caractérisés par une grande promiscuité, non seulement dans le travail, mais aussi dans l’hébergement, lors des repas, etc.

Mais cette solution ne concerne que les seuls Européens, alors que le secteur est également dépendant d’une main-d’œuvre non européenne. Une seconde solution consiste donc à remplacer les saisonniers par des locaux. En France, c’était l’objectif de la plate-forme « Des bras pour ton assiette », qui ambitionnait de recruter des Français rendus inactifs par le confinement avec un slogan très simple : « Pas besoin d’un bac+5, vos deux bras suffisent ! ». D’autres pays ont eu la même idée : l’Allemagne avec « Das Land hilft » (le pays aide), ou le Royaume-Uni avec « Pick for Britain » et « Feed the Nation ». Ces initiatives ont parfois ciblé des publics spécifiques : en Italie par exemple, la ministre de l’Agriculture a proposé de recruter des chômeurs.

Saisonniers pendant la pandémie : des propositions non réalistes et critiquées

Si ces initiatives ont suscité un certain engouement, elles butent cependant sur l’inexpérience des nouvelles recrues et la pénibilité des tâches proposées. C’est là un obstacle logique, puisque le recours à la main-d’œuvre étrangère serait inutile si les emplois concernés étaient attractifs. Par ailleurs, à mesure que les volontaires retrouvent leurs activités pré-confinement, cette source de main-d’œuvre va se tarir.

Une troisième option consiste alors à intervenir au niveau des politiques migratoires afin de rendre disponible une main-d’œuvre qui ne l’était pas auparavant. Il en va ainsi de la régularisation des sans-papiers : en Italie, 200 000 sans-papiers ont été régularisés pour faciliter leur accès au marché du travail, soit la régularisation la plus importante depuis dix ans. Il est aussi possible d’employer davantage les étrangers déjà présents : en Italie et en Allemagne, le séjour temporaire des travailleurs étrangers a été prolongé de plusieurs mois pour leur permettre de rester dans le pays et de continuer à travailler.

Mais l’option la plus contestée est sans doute de mettre les requérants d’asile au travail. Dans l’attente du traitement de leur demande, ces derniers sont en effet dans l’impossibilité de travailler, une situation d’attente qui parfois s’éternise et s’avère déstabilisante. En France, quelques dizaines de requérants d’asile se sont portés volontaires en Seine-et-Marne à la suite d’un appel de la préfecture, mais l’initiative a été critiquée.

La crainte était qu’en étant entièrement dépendants des pouvoirs publics, les requérants d’asile ne soient pas en situation de choisir librement d’aller travailler – sans compter qu’ils ne sont pas nécessairement mieux qualifiés que d’autres pour ces emplois. Des initiatives du même genre ont aussi été observées en Belgique et en Allemagne.

Les inégalités de travail des saisonniers étrangers soulevées par la pandémie

Il convient de se souvenir que derrière chaque saisonnier il y a une communauté qui en dépend : nombre de ces travailleurs font des allers-retours pendant toute leur vie et subviennent ainsi aux besoins de leur famille. À cet égard, les situations les plus préoccupantes sont à chercher du côté des pays d’origine, où cette chute des revenus n’est que rarement compensée par des systèmes de protection sociale effective.

Comme le rappelle l’Organisation internationale du travail, les travailleurs migrants saisonniers sont donc parmi les travailleurs les plus vulnérables et, si un retour à la normale soulageait les exploitants, il ne résoudrait pas les nombreux problèmes – de salaire, de droit du travail ou de protection des travailleurs – que posent les dispositifs actuels. Mais le Covid-19 aura permis d’éclairer ces questions qui, bien que directement corrélées à notre alimentation, ne figurent que rarement sur l’agenda politique.

 

Landarbeit unter Covid-19

Landarbeit unter Covid-19: Zwar «systemrelevant», aber weiterhin prekär

Von Johanna Herrigel, Sarah Schilliger, Ariane Zangger, Silva Lieberherr (17.4.2020)

​Der Hilferuf von Seiten der Bäuer*innen war gross, als Mitte März klar wurde, dass im Zuge der Covid-19-Krise und den damit einhergehenden Notfallmassnahmen der Regierungen die Grenzen zwischen europäischen Ländern zunehmend dichtgemacht werden. Plötzlich stellte sich die Frage, wer nun das Gemüse erntet und all die harte Arbeit übernimmt, welche normalerweise ausländische Landarbeiter*innen zu Tiefstlöhnen und unter prekären Lebens- und Arbeitsbedingungen erledigen. Die Schätzungen zu den nun fehlenden Landarbeiter*innen waren enorm hoch: In Italien sollen es rund 370'000 sein, in Frankreich 200'000, in Spanien 100'000 bis 150'000 (1).

​Die aktuell zu beobachtenden Debatten und Entwicklungen zeigen jedoch, dass wir uns in dieser Krise als Gesellschaft nur begrenzt den wirklich grundlegenden Fragen stellen und Lehren für die Zukunft ziehen. Vielmehr werden Hauruckübungen praktiziert und Schnell-Pflaster-Lösungen entwickelt, statt dass nachhaltige Massnahmen gegen die Prekarität von in der Landwirtschaft tätigen Personen entwickelt würden. Einmal mehr wird deutlich, wie stark die Art und Weise, wie wir heute Lebensmittel herstellen, auf einer «imperialen Lebensweise» (2) fusst, die nicht nur die Natur, sondern auch Menschen ausbeutet. Im Folgenden zeigen wir dies exemplarisch am Beispiel der Schweiz.

​Globalisierter Arbeitsmarkt gerät ins Stocken

​Plötzlich waren sie also im Fokus, sie die sonst meist im Verborgenen bleiben, obwohl sie zu einem grossen Teil dafür verantwortlich sind, dass regionales Gemüse auf unserem Teller landet: Die rund 30'000 ausländischen ‘familienfremden’ Arbeitskräfte, die jedes Jahr Tausende von Kilometern aus Ländern wie Rumänien, Polen, Ungarn oder Portugal zurücklegen, um während ein paar Monaten auf Schweizer Feldern zu arbeiten. Häufig kehren sie immer wieder auf die gleichen Höfe zurück und versorgen die hiesigen Bäuer*innen mit ihren informellen Netzwerken und Kontakten zu eigenen Familienmitgliedern oder Bekannten aus dem Dorf verlässlich mit ‘frischen’ Arbeitskräften.

​Wie ‘unverzichtbar’ die ausländischen Landarbeiter*innen für die Schweizer Landwirtschaft sind, wurde in vielen Medienberichten deutlich. Dabei standen aber stets die Anliegen der Schweizer Bauern und die Sorge um die frischen Schweizer Spargeln und Erdbeeren in den Supermarkt-Regalen im Vordergrund, während die prekäre Situation der Landarbeiter*innen kaum ernsthaft problematisiert wurde. Ein Bauer aus dem Thurgau liess verlauten: «Momentan hilft es uns sicher, dass die Erntehelfer, die bei uns sind, die eigentlich vorgesehenen Ferien nicht beziehen können, da sie bei einer Einreise nach Polen für 14 Tage in die Quarantäne müssten» (3). Ein anderer Bauer berichtet, dass er wegen den angekündigten Grenzschliessungen «seine» Landarbeiter*innen in Rumänien anrief und bat, sich «unverzüglich» auf den Weg zu machen, woraufhin diese innert 22 Stunden auf dem Hof eintrafen (4).  Von den gesundheitlichen Risiken, die sie dabei sowohl auf der Reise (häufig in engen Bussen) als auch in der Schweiz auf sich nehmen, aber auch von den Sorgen um ihre Familienangehörigen, die sie während des «Lockdowns» in den Herkunftsländern zurücklassen müssen, ist nichts zu vernehmen. Hauptsache, die ‘just-in-time’ Versorgung mit billigen Arbeitskräften ist sichergestellt.

​Jetzt, wo dieser globalisierte Arbeitsmarkt in mehreren Ländern gleichzeitig ins Stocken gerät, ist auch fraglich, ob der Nachschub mit frischen Tomaten, Auberginen und Erdbeeren in den nächsten Monaten einfach durch Importe aus dem Ausland ‘gelöst’ und die Produktion – wie sonst üblich – ‘ausgelagert’ werden kann. Denn normalerweise dienen innerhalb von Europa Länder wie Italien und Spanien als billige ‘Produktionsstätten’ – auch hier auf dem Buckel ausländischer Landarbeiter*innen. Ein Land wie die Schweiz, das einen Selbstversorgungsgrad von rund 60 Prozent hat (5), profitiert von der Auslagerung eines bedeutenden Teils der Lebensmittelversorgung an solche exportorientierten Produktionsstätten. Doch in der aktuellen Gesundheitskrise fehlen die Arbeitskräfte in der Landwirtschaft überall, auch in diesen Exportländern. So wird bereits prognostiziert, dass in Italien das Gemüse und die Früchte «zu verfaulen» drohen (6).

Von wegen Systemrelevanz!

​Die Coronakrise macht deutlich, welche Arbeiten für unsere Gesellschaft essentiell sind. So wird auch die stabile Versorgung mit Lebensmitteln als «systemrelevant» kategorisiert, wofür die Landwirtschaft genauso zentral ist wie die Verarbeitung, die Logistik und der Einzelhandel. Dies ist insofern beachtenswert, weil Tätigkeiten in Land- und Ernährungswirtschaft in Prä-Corona-Zeiten gesellschaftlich keine besonders starke Wertschätzung erfahren haben. Es wird offensichtlich, welches Missverhältnis zwischen der gesellschaftlichen Wichtigkeit dieser Arbeit und der leider weit verbreiteten Praxis der Ausbeutung migrantischer Arbeitskräfte in der Branche besteht – ähnlich wie bei der Pflegearbeit.

​«Was am Feld fehlen sind nicht Erntearbeiter*innen, sondern gute Arbeitsbedingungen und eine gute Bezahlung, die dieser harten Arbeit entspricht», sagt die Aktivistin Sonia Mélo von Sezonieri, einer Kampagne für die Rechte von Landarbeitern in Österreich. Dasselbe lässt sich auch für die Schweiz sagen: Die Löhne der Landarbeiter*innen sind tief, die Arbeitszeiten enorm lang. Im Kanton Bern etwa beträgt der aktuelle Richtlohn für saisonale Arbeitskräfte 3'330 CHF brutto bei einer Wochenarbeitszeit von 55 Stunden. Die arbeitsrechtliche Situation ist prekär – auch, weil die Landwirtschaft nicht dem Arbeitsgesetz unterstellt ist. Neben dem ungenügenden rechtlichen Schutz kommt hinzu, dass Landarbeiter*Innen häufig aufgrund mangelnder sprachlicher Fähigkeiten ihre Arbeitsverträge und ihre ihnen eigentlich zustehenden Rechte zu wenig kennen und es ihnen an Möglichkeiten fehlt, diese auch aktiv einzufordern.

​Die Prekarität erstreckt sich auch auf gesundheitliche Aspekte: Vielen Landarbeiter*innen ist nicht bewusst, dass sie im Falle von Krankheit und Unfall durch die Kranken- und Unfallversicherung geschützt und finanziell abgesichert wären und dass sie ein Recht auf ärztliche Konsultation haben, ohne einen Lohnausfall zu riskieren. Insbesondere in Zeiten von Corona erscheint dieser Informationsmangel umso eklatanter und zeigt, dass der Bund und die Kantone dringend Massnahmen ergreifen müssen, um für die Landarbeiter*innen den Zugang zu medizinischer Versorgung sicherzustellen. Zudem wären verstärkte Kontrollen nötig, um angemessene gesundheitliche Schutzmassnahmen auf den Höfen zu garantieren – sowohl bei der Arbeit als auch in der Unterbringung.

«Geht auf die Felder den Bauern helfen!»: ‘Inländerpotenzial’ (reloaded)

​Und nun? Man sucht händeringend nach Ersatz – wobei sich der Fokus in der Arbeitskräfte-Rekrutierung jetzt verstärkt auf das sogenannte ‘Inländerpotenzial’ verschiebt. Dies ist eine Tendenz, die bereits im Nachzug zur sogenannten SVP-Masseneinwanderungsinitiative im Jahr 2014 beobachtet werden konnte, als vermehrt der Einsatz von Geflüchteten auf Schweizer Höfen gefordert wurde. Damals ist mit der ‘Flüchtlingslehre’ vom Staatssekretariat für Migration und dem Schweizerischen Bauernverband ein Pilotprojekt gestartet worden, um vermehrt Geflüchtete und vorläufig Aufgenommene für die landwirtschaftliche Arbeit zu gewinnen (mit eher mässigem Erfolg).

Nun wird das ‘Inländerpotenzial’ sehr viel breiter adressiert. So hat sogar Bundesrat Guy Parmelin in einem Interview angesichts der erschwerten Einreise von Saisonniers verlauten lassen: «Ich rufe hier alle auf, die Arbeit suchen: Geht auf die Felder den Bauern helfen!» (7) Es gilt, 'brachliegende' Arbeitskräfte-Ressourcen zu aktivieren: Der Ruf nach dem Einsatz der in der Schweiz wohnhaften Personen, welche 'freie Kapazitäten' für einen Arbeitseinsatz in der Landwirtschaft haben, ist gross und wird medial weitgehend positiv diskutiert. Die Personengruppen, bei denen solch ein Arbeitspotential ausgemacht wird, werden häufig auch als jene dargestellt, die dem Staat und vor allem den öffentlichen Finanzen 'auf der Tasche liegen' würden: Personen, die Erwebslosengeld beziehen oder von der Sozialhilfe unterstützt werden, geflüchtete Personen, Studierende. Unter dem Appell der nationalen 'Solidarität' und der 'Ernährungssicherheit' sollen nun diese Menschen ‘aktiviert’ werden, sprich den Knochenjob von Landarbeiter*innen übernehmen.

Die Mobilisierung von mehr oder weniger freiwilligen «Knochenarbeiter*innen»

​Schnell fand sich nun eine umtriebige Koalition von Unternehmern, Landwirtschafts- und Gastronomieverbänden zusammen, um einem marktwirtschaftlichen Modell in der Landwirtschaft zum Durchbruch zu verhelfen, das bereits in vielen anderen Branchen verbreitet ist. So verspricht die Personalverleih-Agentur «Coople», den Landwirt*innen temporäre Arbeitskräfte zu verleihen, die zum Beispiel aktuell in der Gastronomie nicht mehr zum Einsatz kommen können. Die Firma hat sich laut eigenen Angaben zu «Europas grösster Plattform für flexible Personallösungen entwickelt» und verleiht rund 300'000 Personen als flexibles Personal an rund 15'000 Unternehmen in der «Gastronomie, Hotellerie, Einzelhandel, Aviatik, Logistik, Events und Promotion sowie aus dem Kaufmännischen Sektor». «Von der Restaurantküche raus aufs Lauchfeld» (9) – so lautet das Motto. Abgesehen von der Frage, inwiefern sich hier das prekäre Arbeitsmodel der temporären Leiharbeit nun auch in der Landwirtschaft etablieren wird, zögern auch einige Landwirte, ob die so rekrutierten Arbeitskräfte aus anderen Branchen sich bewähren werden. Denn: «Bei den neuen Schweizer Erntehelfern müsse man bedenken, dass sie vielleicht die strenge körperliche Arbeit nicht gewohnt seien und es häufigere Schichtwechsel brauche», heisst es von Seiten des Schweizerischen Bauernverbandes (10).

​Unter ganz anderen Bedingungen gelangen jene insbesondere jungen Menschen zu Bauernhöfen, die sich beim Solidaritätsnetzwerk der Plattform «Landwirtschaft mit Zukunft» gemeldet haben (11). Dass sich so viele Freiwillige für die Arbeit in der Landwirtschaft interessieren, ist sicher ein hoffnungsvolles Zeichen. Darin besteht ein Potenzial für neue Strukturen und für ein stärkeres Zusammenkommen von Produzent*innen und Konsument*innen, wie es bereits in zahlreichen Solawi-Projekten praktiziert wird. Doch auch hier stellt sich die Frage, ob sich die fehlenden Landarbeiter*innen aus dem Ausland so einfach ersetzen lassen. Für die Erntearbeit braucht es professionelles Know-how, Erfahrung und vor allem körperliches Durchhaltevermögen. Freiwillige, die sich in Zeiten von Corona für Erntearbeiten melden, werden dies wohl auch selber erfahren.

Auf in eine Zukunft mit Zukunft!

​Die eigentlich naheliegende Lösung – den Lohn anzuheben und die Arbeitsbedingungen zu verbessern, wenn diese zu unattraktiv sind – wird bisher in der breiteren Öffentlichkeit kaum aufgebracht. Die Covid-19-Krise riskiert, existierende Ungleichheiten und die Ausbeutung von Mensch und Natur zu verschärfen. Die Krise hat aber gleichzeitig auch das Potenzial, die Relevanz der Arbeit in der Landwirtschaft und den Wert unserer Nahrungsmittel stärker deutlich zu machen. Nun ist der Moment gekommen, um nicht nur über eine andere Landwirtschaft zu reden, sondern diese auch aktiv zu stärken. Wir brauchen demokratischere, gerechtere und ökologischere Ernährungssysteme, die sich der Ernährungssouveränität und der Agrarökologie verpflichten. Eine wachsende Wertschätzung der Landwirtschaft ändert die Verhältnisse noch nicht. Aber es könnte ein Anfang sein, um die Agrarpolitik grundlegend umzukrempeln und Arbeit in der Landwirtschaft zu einer Tätigkeit zu machen, die Menschen unter würdigen Bedingungen ausführen können.

​Dieser Artikel erscheint im Archipel 5/2020, https://forumcivique.org/publikationen/archipel/.

​*Die Autorinnen haben die Konferenz «Widerstand am Tellerrand» im Februar 2020 in Bern mitorganisiert und engagieren sich über die Konferenz hinaus für eine sozial-ökologische Wende in der Landwirtschaft - insbesondere für verbesserte Arbeitsbedingungen für migrantische Landarbeiter*innen.

In den nächsten Wochen analysieren wir genauer, ob sich in der Schweizer Landwirtschaft im Zuge der Covid-19-Krise neue Rekrutierungsmuster und Anstellungsformate (z.B. über die Personalverleih-Firma «Coople») etablieren, beleuchten die Erfahrungen von und mit solidarischen «Freiwilligen» auf den Schweizer Feldern und fragen nach den Konturen einer sozial nachhaltigen Landwirtschaft über die Post-Corona-Zeit hinaus.

 

Quellen

  1. Lebensmittel Zeitung, 9.4.2020
  2. Ulrich Brand/Markus Wissen (2017): Imperiale Lebensweise. Zur Ausbeutung von Mensch und Natur im globalen Kapitalismus. München: Oekom Verlag.
  3. ThurgauerZeitung, 31.3.2020, «Schweizer als Notfall-Erntehelfer».
  4. NZZ, 4.4.2020, «Landwirtschaft am Limit: Wie zwei Zürcher Bauernfamilien mit der Corona-Krise ringen».
  5. Agrarbericht 2019
  6. Tagesanzeiger, 14.4.2020, «Gestrandet im Mittelmeer».
  7. Schweizer Illustrierte, 2.4.2020, «Guy Parmelin über Corona und die Wirtschaft».
  8. https://go.coople.com/obst-und-gemuese
  9. Aargauer Zeitung, 8.4.2020, «Von der Restaurantküche raus aufs Lauchfeld».
  10. Tagesanzeiger, 1.4.2020, «Alle wollen den Bauern helfen».
  11. https://www.landwirtschaftmitzukunft.ch/

Pressemitteilung zum 1. Mai

 

 La Coodination européenne de La Via Campesina exige que des mesures urgentes soient prises pour pallier à la situation de plus en plus grave des travailleur·euse·s ruraux dans le contexte du COVID-19

En ce 1er mai, nous célébrons la Journée internationale des travailleur·euse·s dans un contexte unique et extraordinaire. Dans les zones rurales de toute l'Europe, la crise générée par la pandémie de COVID-19 aggrave la situation pourtant déjà difficile des travailleur·euse·s agricoles et mi-grant·e·s. C'est pourquoi, conjointement avec nombre d'organisations de producteurs alimentaires et autres organisations alliées, ECVC a envoyé une lettre ouverte aux institutions européennes, dé-nonçant les conditions des travailleur·euse·s agricoles et migrant·e·s en Europe, réclamant qu’une liste de mesures urgentes et nécessaires soient prises pour les travailleur·euse·s ruraux dans le cadre de la pandémie de COVID-19.

Les membres d'ECVC constatent qu'aujourd'hui, en Europe, les intérêts économiques des grandes en-treprises de production et de commercialisation prévalent sur la santé et les droits fondamentaux des travailleur·euse·s ruraux et migrant·e·s.

En plus de la vulnérabilité structurelle et de la précarité sévères qu'il·elle·s connaissaient avant la crise, ces travailleur·euse·s font désormais face à de nouvelles discriminations et difficultés. En effet, on observe un manque de matériel de protection type masques ou équipements préventifs sur le lieu de travail, une absence de mesures de contrôle nécessaires telles que les tests, conditions d’hygiène à respecter, la sécurité de transport et les distances à respecter entre les personnes : tout cela s’ajoute à des conditions de travail déjà stressantes et sous pression permanente. En outre, ce sont les travail-leur·euse·s migrant·e·s qui voient le plus leurs droits bafoués en raison de la discrimination que génère leur statut de migrant.

Face à cette situation, ECVC et toutes les organisations signataires de la lettre ouverte ne peuvent accepter que la poursuite de la production alimentaire pendant la pandémie se fasse au détriment de la santé, des droits et de la dignité des travailleur·euse·s ruraux et migrant·e·s.

Conformément à la Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysan·ne·s et des autres personnes travaillant dans les zones rurales (UNDROP), ECVC et ses alliés exigent que des mesures immédiates et à court terme soient prises, notamment des mesures liées au logement et aux produits de première nécessité, ou encore à l'aide d'urgence et à la protection sanitaire sur le lieu de travail, afin de garantir la santé, le bien-être et les droits humains fondamentaux de ces personnes. En outre, les États membres et les institutions doivent travailler ensemble à la création de politiques publiques cohérentes à moyen et long terme, y compris à une réforme de la PAC qui inclue la conditionnalité sociale. Ces politiques doivent viser à éradiquer les barrières et les obstacles auxquels les travailleur·euse·s migrant·e·s et saisonniers sont confrontés depuis longtemps, et ainsi ouvrir la voie à un système alimentaire plus équitable, plus durable et plus juste.

 

À l’occasion de cette célébration du 1er mai, ECVC souhaite inviter tou·te·s les citoyen·ne·s de l'UE à repenser nos sociétés en nous basant sur un modèle socio-économique, agraire, alimentaire et culturel fondamentalement différent, un modèle qui prend racine dans les droits humains et la durabilité de la planète, et dans lequel l'intégration, le respect et le rôle des travailleur·euse·s ruraux et mi-grant·e·s sont fondamentaux.

  icon Lettre ouverte ECVC

 

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